Toutes nos pensées sont-elles réelles?

La création de notre vision du monde

As-tu déjà pris conscience du fait que chacun vit selon sa propre réalité? Bien sûr, il est facile de comprendre que nous menons tous des vies bien différentes les unes des autres. Mais ce dont je parle ici va bien plus loin que ça. En fait, chacun d’entre nous regarde le monde à travers son propre filtre, qui lui est personnel. 

Mais alors, comment se crée ce filtre qui définit notre façon unique de regarder le monde? 

Et bien, plusieurs éléments jouent un rôle déterminant dans la création de ce filtre que nous pouvons aussi appeler notre “paire de lunettes”.

Tout d’abord, il y a notre éducation. La manière dont nous avons été élevés, ce que nous avons appris et comment nous l’avons appris, notre relation à nos parents, à l’école… Tout ce bagage représente le fondement de la fabrication de notre paire de lunettes. 

Prenons un exemple. Marc, un personnage fictif, a grandi dans une famille ouverte d’esprit et bienveillante. Marc a toujours été très libre et très aimé, depuis qu’il est enfant. Aujourd’hui adulte, il vit ses relations affectives dans l’ouverture, la bienveillance et le respect. Pour lui, c’est tout naturel: c’est ce qu’il a appris depuis sa plus tendre enfance.

De nombreuses croyances découlent de notre éducation, et nous en sommes plus ou moins conscients. Selon sa vision des relations, Marc pourrait donc croire qu’il est inutile de se disputer avec qui que ce soit, puisque tout conflit peut se résoudre dans le calme et le respect. Par contre, Fanny, la conjointe de Marc qui a grandi dans une famille colérique, peut croire que les disputes sont saines et naturelles, par exemple.

En parallèle de notre éducation, il y a notre environnement, qui joue un rôle déterminant dans notre conception du monde. Il est évident qu’une personne vivant dans un environnement agréable ne voit pas la vie de la même façon qu’un individu évoluant dans un environnement tendu et difficile. De la même façon, un environnement chaud (une île tropicale, par exemple) et un pays nordique où les hivers sont rudes apportent deux visions différentes de la vie.

Tous ces éléments (notre éducation, notre environnement, nos relations, notre niveau de vie, nos expériences…) forgent ce que nous appelons notre personnalité. La personnalité est donc formée par ce que nous avons appris, ce que nous continuons d’apprendre et notre manière d’y réagir. Elle est l’expression de notre caractère unique. Elle est aussi en constante évolution. 

C’est là que réside notre plus grande liberté: nous pouvons toujours évoluer, grandir et voir les choses différemment. Nous pouvons toujours apporter les modifications que nous voulons à notre paire de lunettes!

Malentendus, disputes et quiproquos 

Nos pensées sont le fruit de nos propres constructions mentales. Par exemple, si je crois que les chiens sont dangereux – une construction mentale que j’aie forgée après avoir été mordue par un chien – je pense immédiatement au danger lorsque je croise un chien. Mon ami qui adore les chiens penserait alors “quel adorable toutou!” en croisant le même chien que moi, pendant que je serais en train de réfléchir à un moyen de d’éviter ce chien, transie de peur. 

Nos pensées n’appartiennent donc qu’à nous, puisqu’elles découlent de notre propre histoire. En ce sens, nos pensées sont donc totalement subjectives. Voilà le principal déclencheur de la plupart des disputes, malentendus et quiproquos. Et oui! si chacun d’entre nous vit selon sa propre vision du monde, il peut être très difficile de comprendre ceux qui nous entourent, et vice versa.

Prenons un exemple qui parlera à beaucoup d’entre nous. Immisçons-nous un instant dans la vie de couple imaginaire de Jean et Fanny. 

Jean préfère que la vaisselle soit nettoyée après chaque repas, mais Fanny déteste faire la vaisselle après avoir mangé. Chaque jour, c’est la même histoire: dès qu’elle a fini de manger, Fanny part s’asseoir sur le canapé. Jean, lui, se sent insulté: est-ce que Fanny s’imagine vraiment qu’il devrait s’occuper de la vaisselle après chaque repas?

Des mois de vie commune se passent ainsi, sans que l’un ni l’autre n’exprime clairement son point de vue sur la question. Jusqu’au jour où Jean explose. “Tu me prends pour ton homme à tout faire Fanny, j’en peux plus!” Fanny, prise de court, est très surprise par l’explosion soudaine de Jean. Comment peut-il penser ça? 

Lorsque Jean lui explique qu’il est insulté à chaque fois qu’elle s’assoit sur le canapé sans avoir fait la vaisselle, elle s’exclame “mais moi, je ne t’ai rien demandé! Dans ma famille, on a toujours mis de côté les tâches ménagères après les repas, car c’était notre moment sacré de détente ensemble. D’ailleurs, j’ai toujours été triste que tu ne viennes pas te reposer avec moi après nos repas, Jean.”

Maintenant, regardons cette situation avec recul. D’un côté, Jean est fâché par l’inaction de Fanny et il en déduit que c’est à lui d’agir. De l’autre côté, Fanny est triste que Jean préfère faire la vaisselle plutôt que de profiter d’un moment de repos avec elle. 

Des deux côtés, leur visions et actions découlent de leur propre histoire et des personnalités qu’ils se sont forgé au cours de leur vie, selon leurs propres expériences.  

Nous pouvons alors nous poser la question suivante: nos pensées sont-elles bien réelles ou ne sont-elles que le fruit de notre histoire personnelle?                        

Cet exemple te fait-il penser à des malentendus que tu vis avec tes relations, par seul manque de communication? La plupart d’entre nous faisons face à ces incompréhensions qui sont aussi naturelles que modifiables, si nous prenons le temps de les analyser ensemble. 

La compassion : la clé d’une communication ouverte et bienveillante

À partir du moment où nous comprenons que notre vision de la vie, des autres et du monde dépend de notre propre histoire, nous comprenons que cette subjectivité s’applique à chacun d’entre nous.

Il n’existe alors qu’une seule solution pour une communication ouverte et bienveillante: la compassion. La compassion change complètement notre regard sur les agissements des autres. Au quotidien, nous avons besoin de compassion pour interagir positivement avec notre entourage.

Nous faisons plus naturellement preuve de compassion envers les enfants qu’envers les adultes. Nous pensons qu’il est normal qu’un enfant ne comprenne pas une situation comme les adultes: il lui manque de l’expérience.

À l’inverse, nous jugeons fortement les adultes qui agissent de manière illogique pour nous. Nous pensons “il devrait savoir ceci ou cela, il ne devrait pas se comporter ainsi.” Pourtant, nous n’avons aucune idée de son bagage, de son vécu, de ses croyances, de son histoire. 

Pense un instant à ceci: pour cette personne qui te paraît étrange, tu pourrais être la personne qui agit de manière complètement irrationnelle.

Imaginer que nous détenons la vérité et que nous connaissons les bonnes façons de nous comporter comporte un risque important: vouloir imposer notre vision de la vie aux autres. Pourtant, notre vision n’est que le résultat de notre histoire personnelle.

Bien entendu, je ne parle pas ici de situations de violence ou d’abus, qui sont dans tous les cas condamnables. Je parle de tout ce qui compose la vie quotidienne et que nous jugeons facilement: les façons de se vêtir, de communiquer, de manger, de rire ou de penser qui nous semblent anormales, étranges, trop différentes des nôtres… 

Nous devons accepter qu’elles sont en fait le résultat d’une histoire, et nous ouvrir à la compassion pour la différence, qui est l’une des plus grandes richesses de l’humanité. 

Alors maintenant, dis-nous: cet article t’a t-il éclairé sur les différentes façons de penser et de se comporter des personnes de ton entourage? Te crois-tu prêt.e à t’ouvrir à plus de compassion, à l’avenir, lorsque tu ne comprendras pas les agissements d’une autre personne? Nous adorerions te lire dans la section des commentaires!

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